Dircab-maire, dircab-DGS : deux pactes fondateurs • Carnets de campagne, le jour d'après • Parisianisme
Entourages n°216, la lettre des métiers politiques
Un numéro spécial, post-électoral, d’une longueur inaccoutumée.
🛗Dircab-maire, dircab-DGS : deux pactes fondateurs. Le pacte politique avec le maire et le pacte de fonctionnement avec le directeur général des services (DGS) vont conditionner la qualité de votre engagement tout au long du mandat. Quand ils sont explicites, le trinôme peut fonctionner. Quand ils ne le sont pas, les tensions apparaissent. Par Stéphane Léa, consultant en gouvernance territoriale, avec un guide pratique à télécharger.
🎙️ Carnets de campagne, le jour d’après. Durant la campagne des municipales, nous avons interrogé des membres des équipes de campagne et des candidats sur leur stratégie, leur démarche. Après les résultats définitifs, nous leur avons demandé de dresser un bilan de ce qui a fonctionné, ou pas. Ils se sont livrés à l’exercice, avec lucidité. Les premiers témoignages de Jean-Bernard Gaillot Renucci, Cécile Barral et Louis Ronssin.
✍🏻 “Quand le parisianisme écrase la France”. Dans cet ouvrage, Francis Brochet dresse un tableau impitoyable des déséquilibres français. Culture, transports, éducation, industrie : il expose, données à l’appui, les fractures entre la région parisienne et le reste du pays. Et les risques politiques qui en découlent.
Et aussi : Débat : « IA en mairie : les agents (publics) sont parmi nous »
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Dircab-maire, dircab-DGS : deux pactes fondateurs
Vous venez d’être nommé(e) directeur de cabinet. Dans les premières semaines, deux pactes conditionnent la qualité de votre engagement tout au long du mandat : le pacte politique avec le maire et le pacte de fonctionnement avec le directeur général des services (DGS). Quand ils sont explicites, le trinôme peut fonctionner. Quand ils ne le sont pas, les tensions apparaissent. Par Stéphane Léa, consultant en gouvernance territoriale.
En dix-huit ans d’accompagnement d’exécutifs locaux, j’ai observé une constante : les crises maire-dircab naissent rarement d’un désaccord politique. Elles surgissent de ce qui n’a pas été clarifié au départ.
L’entretien avec le Maire : six mots, six pièges
Un mot suffit souvent à faire basculer la relation : la loyauté.
Pour certains élus, elle signifie « ne jamais me contredire en public » ; pour un directeur de cabinet : « dire la vérité, même quand elle déplaît ». Le décalage n’apparaît qu’au premier dossier sensible : vous alertez, l’élu entend tentative de freinage ou désaveu. Ce n’est pas une opposition d’intention, c’est un décalage de définition opérationnelle.

Et la loyauté n’est pas le seul piège. Cinq autres mots produisent le même décalage : confiance, proximité, protection, arbitrage, alerte. Six mots que chacun emploie quotidiennement en croyant se comprendre, et qui recouvrent des réalités paradoxales.
Prenons le mot « protection » : pour l’élu cela peut signifier « ne me remontez pas un problème sans solution ; pour le dircab : « prévenez-moi avant que cela n’explose ailleurs ».
Qui pose le sens des mots pose le cadre du jeu. C’est le premier acte stratégique du mandat.
L’entretien avec le DGS : éviter la tentation du « DGS bis »
Vous arrivez face à quelqu’un qui connaît l’administration, la chaîne hiérarchique et les procédures, qui occupe un emploi fonctionnel protégé et qui vous regarde arriver avec votre CDD et votre absence d’autorité hiérarchique. L’asymétrie est structurelle. Tout l’enjeu est de la transformer en complémentarité. Et cette relation se joue très tôt: ce qui n’est pas explicité au démarrage devient un malentendu fondateur.
La scène la plus toxique est connue de tout DGS : le directeur de cabinet débarque dans le bureau d’un directeur « de la part du Maire » pour accélérer un dossier. Le directeur accepte, parce qu’il entend « le Maire ». Le DGS apprend trois jours plus tard que son autorité hiérarchique a été court-circuitée.
J’ai récemment accompagné un directeur de cabinet, ancien DGS pendant plus de 15 ans. Sa première question était simple : « qu’est-ce que je n’aurais pas accepté d’un dircab quand j’étais DGS ? ». Se regarder depuis la position de l’autre est le meilleur antidote au réflexe du « DGS bis ».
La règle de fonctionnement exige de l'humilité positionnelle : par principe ne sollicitez aucun service sans que le DGS n’en soit informé. En retour, le DGS ne vous ferme aucune porte. L’information partagée est le ciment de l’alliance, l’information retenue, le ferment de la rivalité. Quand ces deux entretiens ont été bien menés la relation démarre sur des bases claires. Mais ils ne règlent pas tout.
Le métier invisible… et le pacte qui lui manque
Bénédicte Baradel (Change’R Conseil) a une formule qui devrait figurer au fronton de chaque cabinet : « Le propre d’un cabinet efficace est de ne pas être vu ». Cette invisibilité n’est pas un défaut. C’est le signe que votre vrai métier fonctionne, un métier qui n’est pas un partage de tâches entre « le politique » et « le technique », mais un travail permanent de traduction. Quand le DGS produit un diagnostic technique, vous le retranscrivez en risques et opportunités pour le Maire. Quand vous captez un signal politique, vous le traduisez en enjeu opérationnel pour l’administration. C’est cette traduction permanente qui fait votre métier, et la tension paradoxale que vous devez piloter : loyauté politique et lucidité systémique.
Mais cette invisibilité a un prix : le directeur de cabinet reste institutionnellement sous-défini. Dans beaucoup de collectivités, la gouvernance repose sur un pacte implicite entre le maire, le DGS et le dircab. Quand ce pacte n’est pas explicitement formalisé au début du mandat, les zones de flou deviennent zones de tension et parfois de conflit.
La loyauté sans esprit critique produit un courtisan. La critique sans loyauté produit un donneur de leçons, ou pire un cynique. Les deux détruisent la relation. C’est dans les deux entretiens fondateurs que ces ambiguïtés se lèvent. C’est dans une charte de gouvernance, construite dans les semaines qui suivent, que s’inscrira dans la durée ce que la parole a posé dans l’instant.
Stéphane LÉA, fondateur des Cabinets SLC Audit et SOLEOS, consultant en gouvernance territoriale, coach, formateur, accompagne des trinômes Maire-DGS-DirCab dans l’élaboration des Chartes de gouvernance.
Pour aller plus loin :
➡️ Télécharger le “Guide opérationnel pour préparer l’entretien DirCab – Maire”
Carnets de campagne, le jour d’après
Durant la campagne des municipales, nous avons interrogé des membres des équipes de campagne et des candidats sur leur stratégie, leur démarche. Après les résultats définitifs, nous leur avons demandé de dresser un bilan de ce qui a fonctionné, ou pas. Ils se sont livrés à l’exercice, avec lucidité. Voici les premiers témoignages.
Au Boulou : “le bilan ne parle pas tout seul”
La situation après premier tour : le maire sortant, François Comes, arrive en quatrième et dernière position avec seulement 15,05% des voix. Il décide de se retirer, sans donner de consigne de vote.
Son conseiller politique et coordonnateur de la campagne, Jean-Bernard Gaillot Renuccci, tire les leçons du scrutin.
“Je souhaitais qu’il entre en campagne au moment des vacances de la Toussaint. J’ai bataillé... mais on s’est retrouvé fin décembre. Alors François Comes est “divers gauche”, il s’est aussi trouvé face à un autre candidat “divers gauche”, qui faisait campagne depuis six ans. Pour moi, on ne récupère pas en trois mois de campagne l’absence médiatique de mandature.
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